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Avenir du laboratoire de Bure - 27/04/2006

Motion du Conseil général de la Meuse sur l'avenir du laboratoire de Bure dans le cadre de la future loi sur les déchets radioactifs

 

Intervention de Roland Corrier lors de la séance du 27 avril 2006 au Conseil général de la Meuse

 

 

M. CORRIER : Nous sommes rendus à un point tel aujourd'hui que nous ne pouvons pas passer outre un certain nombre de questions ou de remarques que je me permettrai de présenter.

Personne ne sait précisément de quoi il est question quand on parle de réversibilité. L'expression est, selon moi, inadaptée. Il conviendrait plutôt d'employer le terme "d'extractibilité", c'est-à-dire la possibilité de reprendre les colis là où ils sont, de les reformater, de se les réapproprier et de les replacer là où ils étaient.

La réversibilité, c'est revenir à une situation antérieure, avant que les colis ne soient constitués, afin d'extraire au maximum toute l'énergie encore disponible. Il y a là un problème de fond crucial : tous les colis vitrifiés ne pourront pas "repasser dans la moulinette" de l'axe 1. On ne pourra pas utiliser la technologie de séparation-transmutation sur les produits vitrifiés. Certes, on peut le comprendre pour les produits vitrifiés jusqu'à aujourd'hui, donc depuis que cette technique existe, mais on s'entête dans cette technologie, puisque la vitrification est déjà planifiée jusqu'en 2040. C'est dire que jusqu'à cette date, on s'interdit de reprendre les colis pour les repasser dans l'axe 1 "séparation-transmutation". Bien sûr, rien n'est impossible. Mais il est précisé que cela nécessiterait une masse de crédits considérable. À quoi bon alors vitrifier pour, le cas échéant, dépenser de l'argent pour réexploiter l'énergie ?

Le contrôle parlementaire est indispensable. Il n'est pas acceptable que le Gouvernement, par décret, décide à tout moment de ce qu'il y a lieu de faire. Le Parlement est la représentation nationale, la représentation des citoyens, il doit conserver toute sa place.

À l'instar de la Haute-Marne, il eût été intéressant qu'en Meuse les Parlementaires aient une parole unanime et partagée, ce que nous n'avons pas eu l'occasion d'apprécier en public, même si peut-être des conversations ont eu lieu en privé.

Que peut-on dire du deuxième laboratoire ? L'ANDRA prétend travailler sur le second laboratoire granit. Certes, mais ce n'est pas en France. La perspective d'un stockage dans cette couche y est inenvisageable. Il est donc préférable de ne pas trop insister.

Le second laboratoire c'est aussi la question des crédits. Certains demandent pourquoi ne pas utiliser les fonds économisés par les producteurs, par le Gouvernement, pour directement alimenter telle ou telle caisse ? Il serait plus important que ces sommes "économisées" ou non consommées soient versées à la recherche. Dans quel ordre ? L'axe 1 et l'axe 3.

Je m'inquiète du calendrier. Rien n'a été modifié dans la loi sur l'axe 2. Arsène LUX l'a indiqué très justement. En 2015, avant et après la loi en cours de débat, il s'agirait de décider si le stockage peut être ou non envisagé. Quel intérêt d'envisager un stockage qui débuterait dès 2025 si, en regardant précisément l'état d'avancement de l'axe 1 et de l'axe 3, on ne se situe pas sur la même échelle de temps ? Sur l'axe 1, les premières prévisions de réalisation en situation industrielle ne pourraient être entendues qu'à partir de 2040. Le stockage, à partir de 2025, s'avère par conséquent extrêmement prématuré.

L'axe 3 promet qu'au minimum pendant cent ans, voire jusqu'à trois cents ans, on peut conserver en l'état les colis tels qu'ils sont organisés. Pourquoi donc faut-il presser le pas dès 2025 pour envisager le stockage en couches géologiques profondes ? Je voudrais savoir pourquoi on se précipite.

Une autre notion est à porter au débat. La technologie, les recherches progressent très rapidement. Dans cent ans, où en serons-nous dans la connaissance, dans l'exploitation de l'énergie nucléaire, de l'énergie en général ? Des progrès considérables seront effectués dans les cent années qui viennent. Personne ne peut aujourd'hui les apprécier. L'échelle de temps en cause est comparable à celle qui sépare les pyramides d'aujourd'hui. L'évolution entre aujourd'hui et dans cent ans sera de même nature. On ne sait pas trop ce qui peut être considéré dans cent ans. Sans compter que d'autres problématiques se poseront à cette époque, non pas à la taille de la France ou de l'Europe, mais à l'échelle du monde avec les problématiques liées à l'énergie et aux gaz à effet de serre. Ce sont des éléments à prendre en compte.

L'axe 2 prévoit le stockage en couches géologiques avec la fermeture des galeries au fur et à mesure de leur remplissage. J'ai posé la question à Joinville, car j'ai suivi l'essentiel des débats de la commission particulière aussi bien en Région Lorraine qu'en Région Champagne ou à Paris. Ce que j'ai entendu m'a glacé. Le remplissage étant effectué, la fermeture étant intervenue, nous n'aurons plus la possibilité de connaître dans quel état se situe les colis. Une personne a imaginé une liaison par fil pour, de la surface, détecter des fuites, d'éventuels dégagements d'hydrogène, mais ce serait la dernière bêtise à faire, car un fil reviendrait à rendre le confinement impossible, puisque les différents produits pourraient s'échapper.

Il a été imaginé de procéder à un contrôle par radio. Les émetteurs seraient posés à l'intérieur des galeries, à proximité des fûts, mais, au bout de cinq années, nous aurions perdu le contact et nous ignorerions ce qui se passerait à moins de 450 mètres. Imaginez dans cent ans !

Il est une autre question restée sans réponse. Si le stockage est envisagé à Bure, dans quelles conditions allons-nous subir le transport de centaines de milliers de mètres cubes entre le lieu de production ou le lieu de stockage actuel et Bure ou à proximité ? Nous savons que des produits très dangereux circulent sur la route ou par le rail. En général, nous ne sommes pas avertis des produits transportés. Vu la dangerosité, le secret que j'ai évoqué dans une autre intervention serait insupportable.

J'en viens aux modalités des études. Je vous soumettrai un point de vue personnel : au titre de l'axe 2, certes, les études géologiques sont avancées, mais de quels éléments disposons-nous pour déterminer les évolutions dans cent, mille ou dix mille ans ? Rien, si ce ne sont des simulations sur ordinateurs.

En revanche, les deux autres voies répondent à des exigences et il peut y avoir des preuves. L'axe 1 est relatif à la séparation et à la transmutation : cela marche ou cela ne marche pas. Aujourd'hui, cela marche en laboratoire. Nous attendons de passer en situation plus industrielle pour voir si ce qui est attendu se matérialise. Il y aura des preuves effectives.

Pour l'axe 3, les preuves sont au rendez-vous. Il y a dix ans, on disait que les colis au terme de dix, vingt ou trente ans, commençaient à fuir. Aujourd'hui, on commence à faire du confinement qui tient pendant cent ans. On pense le vérifier pendant trois cents ans. Mais c'est visible. En ce qui concerne l'axe 2, de quelles preuves disposons-nous pour affirmer que la géologie serait le coffre-fort le plus sécurisé possible pour que dans cent mille ans rien ne remonte à la surface ou par les eaux à proximité ?'

La consultation est proposée dans la motion présentée par la majorité. Dans la mesure où ils ne sont pas là, je ne voudrais pas utiliser ce qu'ils n'ont pas dit, mais les opposants au dossier demandent la consultation des populations. Un référendum a été demandé, non sur l'opposition éventuelle au laboratoire, mais au stockage. Nous demandons donc que les populations soient consultées et informées de même que les collectivités. Je retrouve dans votre texte ce que j'évoque.

J'en viens à quelques points plus généraux sur les fonds dédiés. Nous n'avons pas tous la même confiance dans la pérennité des entreprises. GDF et Suez s'entendent aujourd'hui à l'intérieur d'une nouvelle entreprise, mais quelle est la pérennité de cette entreprise ? Or, GDF et Suez ont bien prévu de venir aussi sur le terrain de l'énergie nucléaire.

Nous n'avons pas non plus obtenu de réponse précise sur une question fondamentale. Qu'est-ce qui sera stocké à moins de 450 mètres ? Les déchets haute activité vie longue ou moyenne activité à vie longue ? La diversité des produits est telle que, n'a pas été annoncé, ce qui serait stocké.

Nous connaissons de grandes incertitudes. La question qui est posée aux Parlementaires comme à nous-mêmes à l'occasion du débat que vous proposez est de savoir si nous faisons confiance à l'homme pour les dix, cinquante années qui viennent - d'après des études, des recherches, pour réduire au maximum, voire totalement, la dangerosité des produits - ou revient-il à la géologie de confiner à un point tel que c'est la solution qui serait retenue.

La solution résiderait, selon moi, dans l'axe 3 pour gagner du temps, dans l'axe 1 pour travailler pendant ce temps-là. Quant à l'axe 2 : jamais !

 

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