Rédigé par Roland Corrier et publié depuis
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Comme chaque année, la Place de la gare à Bar-le-Duc a accueilli la cérémonie commémorative des persécutions racistes et antisémites commises sous l'autorité de fait dite "Gouvernement de l'Etat Français" (1940-1944) en hommage aux Justes de France (*).
Hommage de 2008 - devant la gare SNCF de Bar-le-Duc
La plaque d'hommage sur la façade de la gare SNCF de Bar-le-Duc
(*) Qui sont les Justes ?La Shoah, la nuit du monde et des consciences… Six millions de juifs, dont 1,5 million d'enfants, furent assassinés pendant la Shoah dans les pays occupés par l’Allemagne nazie.Une grande partie de l’Europe est alors sous la domination nazie et la majorité des Etats et des peuples garde le silence sans intervenir et pire encore, certains collaborent avec les assassins. Et cependant, des lumières d’humanité…Et cependant, quelques-uns, au risque de leur propre liberté ou même de leur vie, tendent une main secourable pour sauver des enfants ou des familles juives. Yad Vashem, le mémorial de la Shoah, en Israël avait identifié, au 1er janvier 2006, à travers toute l’Europe, plus de 21 000 personnes auxquelles un hommage est rendu dans le cadre d'un projet créé par une loi de 1963. Ce sont les "Justes parmi les nations".
(*) "Le concept de "Juste des Nations" est emprunté à la littérature talmudique. Au long des générations, il a servi à désigner toute personne non juive ayant manifesté une relation positive et amicale envers les Juifs. Le Mémorial Yad Vashem décerne ce titre de Juste des Nations aux non-Juifs qui, pendant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, ont aidé des Juifs en péril, dans des circonstances telles qu'elles impliquaient des risques pouvant aller jusqu'au danger de mort, sans recherche d'avantages d'ordre matériel ou autre. ------------------------------ Deux habitants de Longeville en BarroisSCHOELLEN Ernest ; SCHOELLEN Anneont reçu le titre de Juste des Nations le 2 août 1994. Le 2 juillet 1943 à 18 h 30, la police allemande arrêta à Châteauroux (Indre) Léon Strubel, accusé d'avoir écouté la radio de Londres et de se livrer au marché noir. En fait, son crime était d'être juif. Interrogé et torturé dans la prison de la ville, il fut interné à Drancy. Ce tailleur né en Pologne avait émigré en France dans les années vingt et y avait fondé un foyer.
En 1939 il avait été mobilisé dans l'armée française. Démobilisé en 1940, il s'était installé à Châteauroux, avec sa mère, sa femme et leurs trois enfants.
Le 2 juillet 1943, ces derniers, placés dans un petit village non loin de Châteauroux, échappèrent à l'arrestation. Le 20 novembre 1943, Léon Strubel quitta Drancy dans un convoi à destination d'Auschwitz, avec un groupe de prisonniers qualifiés de « dangereux » ils avaient en effet essayé de creuser un tunnel pour s'évader du camp.
Ils réussirent à dissimuler une scie et se mirent au travail dès le départ du train, creusant une ouverture dans le plancher du wagon.
Dans la nuit, alors que le convoi traversait le département de la Meuse, dix-neuf personnes, dont Léon Strubel, sautèrent en marche. Blessé et couvert de sang, Léon erra jusqu'à l'aube, puis vit une ferme isolée.
Comprenant qu'il ne pourrait survivre sans aide, il frappa à la porte. C'était la demeure des Schoellen, propriétaires d'un élevage de bétail à Longeville-en-Barrois. Ernest et Anne Schoellen soignèrent le blessé et le cachèrent.
Ensuite, Ernest se rendit à Châteauroux voir la famille de Léon, avec une lettre en yiddish que celui-ci lui avait confiée et un colis de ravitaillement. Il avait aussi pris la précaution de prendre la carte d'identité de son fils.
Elle lui permit de ramener à la ferme, sous ce faux nom, le jeune André Strubel, treize ans. André aida les Schoellen à transporter son père dans une nouvelle cachette.
La générosité des fermiers ne s'arrêta pas là.
Ils trouvèrent un refuge pour tous les Strubel dans le village de La Rochette en Savoie. Munis de faux papiers au nom de Strib qu'Ernest avait obtenus grâce à ses contacts dans la Résistance, les Strubel vécurent ensuite à La Rochette (1).
Les deux familles restèrent amies après la guerre. Le 2 août 1994, Yad Vashem a décerné à Ernest Schoellen et à sa femme Anne le titre de juste des Nations. Dossier 6229
--------------------- (1) Témoignage de Monsieur André Strubel reçu le 25 août 2008
Le lendemain de l'attaque de la gendarmerie de la Rochette par les maquis, la ville s'étant remplie de miliciens et de GMR, le terrain devenu brûlant pour nous, nous avons fui vers l'ardèche où nous avons trouvé refuge. Mon
père Léon Strubel est décédé à Perpignan en 1952 à 43 ans des suites des mauvais traitements subis par les allemands.
Oui, la famille Schoellen a été d'un courage et d'une gentillesse extraordinaire, c'est moi-même qui ait oeuvré pour leur faire remettre cette médaille. L'évasion de ces 18 ou 19 hommes est racontée dans deux livres : "Nous n'irons pas à pitchi poï" de Janet Thorpe et aussi par Yael Vered "là où il n'y a pas d'hommes, tâche d'être un homme".
Sachez qu'aucun des évadés ce jour-là du convoi 62 n'a été dénoncé par les habitants, ce convoi du 20 novembre 1943 comportait 1.200 juifs à l'arrivée 914 furent immédiatement gazés en 1945 ...... 29 survivants dont 2 femmes.
Encore merci pour avoir mis à jour cette histoire qui depuis 65 ans me poursuit encore.
André Strubel